Extraits de "Sentence"

Mardi 1er janvier 2030
Le repas du réveillon de la veille encore dans l’estomac, Francis alluma son poste de télévision à dix-huit heures précises comme tous les soirs de la semaine ; dans cinq minutes, il allait savoir qui serait la vedette d’un soir. En attendant, il partit vers le réfrigérateur pour se chercher une bière, une Paris Pils, la bière préférée des Français, comme venait de l’annoncer la publicité. Il s’assit dans son canapé en se jetant de toute sa hauteur dans son siège favori. Il commençait à dater et devenait de plus en plus mou, mais Francis n’avait pas les moyens d’en changer. Dans trois ans, il finirait de rembourser les crédits de consommation qu’il avait contractés il y a sept ans maintenant. Il ne préférait pas compter combien tout ceci lui avait coûté avec les intérêts, mais au moins, il avait de quoi se divertir après que sa femme l’eut quitté avec ses trois enfants. Et puis, comment se priver de ces moyens de communication qui sont depuis maintenant dix-huit ans la seule et unique façon de connaître l’action du gouvernement ?

Le générique commença avec sa musique entraînante qui progressivement devint troublante. Le cœur de Francis se mit à battre un peu plus rapidement en voyant Ludovic Giraud, l’animateur vedette de la première chaîne, France T1. Ce grand gaillard aux yeux verts dont le regard semblait transpercer le plasma s’adressa à son public. D’une voix ténébreuse, il annonça que dans quelques instants, le nom des deux candidats allait bientôt être dévoilé, que la vie de ces deux personnes serait à jamais modifiée. Le suspense montait peu à peu, Ludovic donna une première indication, il y aurait ce soir un homme et une femme. La femme avait la trentaine d’années, elle était maman au foyer, mère de plusieurs enfants. Ludovic n’en dit pas plus, dans les foyers de la France entière, certains ressentirent un certain soulagement tandis que chez d’autres, la tension montait inexorablement. Le deuxième candidat ce soir était un homme approchant la cinquantaine, ouvrier qui vivait seul. Francis déglutit avec violence la gorgée de bière qu’il venait de mettre dans sa bouche. Des perles de sueur envahirent son crâne dégarni. Il s’épongea du revers de sa manche. Son cœur battit de plus en plus vite, ses jambes commencèrent à trembloter, il essaya de se calmer en pensant que c’était impossible, ce ne pouvait pas être lui, pourquoi serait-ce lui d’ailleurs, il n’avait jamais rien demandé à personne, ne s'était jamais inscrit nulle part. Il se redressa péniblement du fond de son canapé, joignant ses mains comme pour prier un Dieu, qui l’avait depuis bien longtemps abandonné. Il réfléchit avec le peu de lucidité qui lui restait, il avait beau creuser sa mémoire, il ne voyait pas pourquoi ce serait son tour. Il se leva finalement et fit les cent pas en attendant la suite.
Ludovic regarda la caméra de ses yeux émeraude. La caméra zooma sur son visage, ces yeux le regardèrent, lui Francis Bourgon né le 12 avril à Carcassonne. Du bout des lèvres, Ludovic lâcha :
« Les noms vous seront dévoilés dans quelques instants, juste après la page d’annonces. »

Le jingle de l’émission retentit une nouvelle fois. Francis ne l’entendit même pas, il ne savait plus quoi penser, qu’avait-il fait pour mériter cela ? Il continua à chercher et ne trouva rien. Il décida de faire quelques recherches sur NewsNet, le réseau ayant supplanté internet en France. Il arriva sur la page d’accueil de son profil et tapa fébrilement sur le clavier les lettres de son nom. La page de résultat arriva, rien de spécial, aucun fait divers se rapportant à un Francis Bourgon, même pas un homonyme. Il continua ses recherches, en vain. Le téléviseur crépita de nouveau et rejoua les premières notes de l’émission. Ludovic réapparut avec son grand sourire et son regard inquisiteur. Francis détourna son regard de l’écran d’ordinateur et ne remarqua pas un petit clignotement dans la barre de tâche de son bureau virtuel. Il avait plusieurs mails en attente.
Ludovic reprit la parole.
« Chers auditeurs, je sais que, tout comme moi, vous attendez les noms des deux candidats de ce soir et donc, je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps. Je vais demander à Yannick Boreau, notre journaliste accrédité par le journal Nouvelle Première, le journal des annonces juridiques officielles de m’apporter l’enveloppe cachetée et validée par Pierre Combier, le rédacteur en chef, qui, à lui seul, atteste de la validité des informations qui nous ont été transmises après enquête de nos équipes. »

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NewsProd, siège de la production de « Sentence », mercredi 2 janvier 2030

Le stade de légère sudation était passé depuis un bon quart d'heure lorsqu'Anthony sentit une légère douleur du côté gauche. Un point de côté venait gâcher le plaisir matinal du producteur de l'émission la plus regardée de France. Les scores de la veille avaient été très bons, la débandade du « monsieur tout le monde » allait attirer un grand nombre de personnes ce soir. Il regardait pratiquement en boucle l'arrestation de Francis avec une satisfaction non dissimulée. Le marché du divertissement se portait à merveille depuis que la nouvelle république avait pris position. Mélanger la téléréalité avec la réalité tout court avait été son idée et depuis, toutes les chaînes de télévision lui commandaient à prix d'or ses concepts novateurs. « Sentence » était son coup de génie, cette émission avait fait de lui l'homme le plus puissant de l'Hexagone en très peu de temps. Du haut de ses quarante-huit ans, il pouvait regarder l'avenir avec beaucoup de tranquillité. Dix minutes plus tard, il descendit de son vélo pour attaquer le rameur. En regardant l'immense horloge qui trônait au-dessus de son bureau, il se rendit compte qu'il avait pris un peu de retard sur son planning. Il n'était pourtant que six heures trente du matin, mais pour lui, la journée était déjà bien entamée. Quatre heures de sommeil lui suffisaient pour être d'aplomb. Heureusement d'ailleurs, car avec toutes les soirées qu'il organisait, il fallait être d'une bonne constitution pour ne pas sombrer dans les drogues les plus dures, histoire de tenir le cap qu'il s'était fixé. Il étira son mètre quatre-vingt-huit de muscles avant de s’installer sur son rameur. Il essuya une énième fois son crâne luisant de sueur et se remit à l'ouvrage. Dans vingt minutes, la douche et dans une heure, réunion sur les chiffres de la veille. La journée marathon, réglée comme du papier à musique, allait de nouveau se dérouler sans surprise. Enfin, il en était persuadé jusqu'à présent.

Les lecteurs, ils en pensent quoi ?

Frédéric S. : Je viens de dévorer (c'est le mot ; et venant de moi, vous vous doutez qu'il s'agit là d'un piètre euphémisme), cet opus en moins de 4 heures. Je recommande à tous mes amis en mal de cadeau de fin d'année, sincèrement CE thriller signé Hervé Croenne, qui signe la déroute iconoclaste incontournable d'une société affichant les limites de sa décadence géo-politico-économique en berne, ce qui n'est pas sans rappeler un mélange subtil entre Orwell (1984), Azimov (Les cavernes d'acier) et bien entendu Robert Sheckley (Le prix du danger, adapté au cinéma 2 fois). Insomniaques, ne surtout pas s'abstenir. Se lit d'une traite comme un très bon polar. Un conseil : éteignez la télé, servez-vous un bon Nikka from the Barrel sans glace et laissez le charme agir. Vous ne regarderez plus jamais la télévision comme avant. Le problème, c'est que l'auteur est ici très en avance sur son temps. Comment dit-on déjà ? Avant gardiste ? Visionnaire ? J'espère pour nos enfants que NON ! Moi qui suis passionné de Franck Thilliez, j'avoue avoir ici été bluffé. Et si je fait la promotion de cet ouvrage, ce n'est pas parce que j'ai un affinité quelconque avec l'auteur, mais qu'en ces temps difficiles, un coup de main pour un grand talent de l'intrigue mérite notre assistance. La suite, c'est vous qui décidez.

Edmond H. : Je pensais le sujet propice à l'élaboration d'un navet mais j'ai découvert une fine observation de notre époque, une pincée de persiflage politique, quelques désirs de voir certaines choses changer exprimés à l'insu de leur plein gré par les protagonistes, le tout liés pour en faire un bon roman qui m'a bien délassé de la vie réelle dans laquelle certains des phénomènes évoqués existent bel et bien.

Sabine B. : Les vrais méchants sont punis mais il y en a encore qui prendront la place. La réflexion sur les politiques et médias est très intéressante mais guère optimiste...

Valérie R. : D'habitude, je ne lis pas de thriller. Mais celui-là, je l'ai dévoré, en plein salon de Somain, le reposant à regret dès qu'il y avait du monde. J'ai été limite mal élevée. Et il m'a empêché de dormir parce que le monde horrible qu'il dépeint n'est pas si loin de nous...La faute à qui? À SENTENCE, le roman de ce diable d'Hervé Croenne. Hé oui !

Marie-Hélène L. : Je viens de terminer Sentence. Un thriller époustouflant, une intrigue géniale qui fait froid dans le dos. Bref, que du bonheur ! Merci Hervé !

Jean-Charles D. : Salut Hervé! J'ai terminé ton dernier livre. emballé! Je pense qu'il y aurait même une possibilité ciné. on y trouve de tout y compris une reflexion sur les dérives médiatiques qui sont déjà notre lot.

Paskal C. : Je viens de terminer ce thriller de Hervé Croenne. Je me suis régalé ! le suspens est présent du début à la fin et en plus ce roman fait réfléchir sur la société actuelle. Bravo ! ..... J'ai vraiment beaucoup aimé et la construction lui donne beaucoup de rythme... J'espère juste que tu te trompe et que nous ne vivrons jamais cela... Mais bon, je crois bien que cela à déjà commencé....

Gilles C. : Voici mon avis, qui vaut ce qu'il vaut.
D'un point de vue littéraire, je trouve Sentence très bien écrit, on sent la maturité de l'auteur et il imprime avec succès le rythme qu'il souhaite donner à cette aventure.
Sentence est captivant, composé de personnages intéressants aux personnalités complexes et attachantes. Le livre est bourré d'idées qui donnent à réfléchir et de situations cocasses - voire dérangeantes - dont le point de départ est la caricature d'un futur pas si lointain et vers lequel nous dérivons à vitesse de croisière. Le rythme est très soutenu, aucun temps mort, place à l'action. Les fans de cinéma et plus particulièrement des films spectaculaires en auront pour leur compte.
Toutes les bonnes choses ont une fin ; celle de Sentence, de par son rythme soutenu, arrive vite. Lorsqu'on aborde les dernières pages, on se dit : "Non, pas déjà! Donnez-en moi plus!". On en redemande, on a envie que ça continue et que l'auteur nous amène encore plus loin dans son univers fictionnel.
Bref, j'ai personnellement pris beaucoup de plaisir à lire ce livre et je l'ai déjà recommandé aux personnes autour de moi, dont vous qui lisez ces quelques lignes.

Vincent G. : La France en 2030 est une société repliée sur elle-même et coupée du monde. La révolution de 2012 a retiré à la France son statut de membre permanent de l’ONU. Les frontières se ferment et le pays vit en complète autarcie. Les acquis sociaux du siècle précédent sont abrogés et on rouvre les mines de charbon. La révolte a entraîné la chute des élites au pouvoir, abattues par le peuple, lassé de leurs magouilles et de leur corruption. Un nouveau pouvoir s'est installé, celui de la communication et de l'information. Dans cette France ruinée et isolée du concert des nations, les journalistes qui ont pris le pouvoir utilisent les médias comme outil de domination des masses. Leur émission phare : "Sentence", parodie de procès où il appartient aux téléspectateurs de juger et condamner. Sur un thème d'actualité, celui de la prolifération des émissions de TV racoleuses et voyeuristes, l'auteur signe ici un thriller futuriste, pessimiste et dérangeant sur ce que pourrait devenir notre société, soumise à la dictature des médias et de l' audimat, dans laquelle les héritiers spirituels d'une blonde décérébrée et de son bellâtre ayant connu leur heure de gloire dans une piscine (pas olympique!), sont les nouvelles icônes de notre jeunesse, pour qui le but ultime est d’être vus et reconnus, alors qu'ils ne sont en fait que des produits consommables, destinés à être jetés après usage. L'écriture est très dynamique, le récit est découpé en chapitres courts, ce qui contribue à donner du rythme à l'ensemble. En résumé, un roman noir, très noir, qui nous donne la vision de ce que pourrait être un possible futur.

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